1.
Achat par Léopold Javal (1804-1872)
En
1848, Léopold Javal , banquier parisien, achète à Louis David
Allègre le Domaine d'Arès et Andernos (710ha). Il est le vrai
créateur du domaine: il fait creuser des canaux d'irrigation, plante
des pins maritimes (bois et résine d'un bon rapport), assèche la
lande. Il acquiert le domaine de la Saussouze (concession officielle
de Napoléon III à L. Javal): 2000 ha incultes transformés en une
vaste pinède. Il fait creuser des puits artésiens pour combattre la
fièvre typhoïde.
Après la mort de Léopold, sa femme poursuit ses grands travaux et,
lors de son propre décès en 1893, le Domaine s'étend sur 2845 ha.
Parmi leurs 5 enfants, Sophie (1853- 1947, épouse de Paul
Wallerstein), sera l'héritière du Domaine. Avant de faire le bilan
de son œuvre, il convient toutefois d'évoquer son héritage
intellectuel et éthique.
En effet, l'activité de Léopold Javal est loin d'avoir été limitée à
Arès et au Bassin d'Arcachon. Elle concerne la France entière. Ce
banquier saint-simonien, habité par des préoccupations sociales, n'a
pas seulement contribué à la réhabilitation et à la récupération de
zones agricoles et rurales sinistrées ou abandonnées (cf. son
travail dans l'Yonne), il a également contribué à la création des
premières compagnies de chemin de fer, de logements sociaux et
d'établissements hygiéniques (par exemple, les Bains de la
Samaritaine à Montrouge). On peut en donner pour preuve le fait que
ce député de l'opposition ait reçu, lors de l'Exposition Universelle
de 1867, une médaille de Napoléon III. Durant la Commune, il
recevait à sa table parisienne Ernest Picard, Jules Favre, Jules
Grévy, dont Sophie Wallerstein a raconté comment il s'adressait à
elle en l'appelant « Mademoselle » (Mademoiselle sauf i).
2.
L'œuvre de Sophie Wallerstein.
En 1895: création de la Maison de Santé, agrandie en 1901, et de la
Fondation Wallerstein (reconnue d'utilité publique en 1904).
En 1899: création de la « Bibliothèque populaire Wallerstein ».
En 1913, Sophie Wallerstein, qui adorait les enfants mais n'avait
pas pu en avoir, crée un Aérium: 12 ha boisés, au bord du Bassin
d'Arcachon, afin d’y accueillir des enfants de santé fragile et de
condition modeste.
Les bâtiments de cet Aérium ont été conçus par les architectes
Charles Duval
et
Emmanuel Gonse
et abritent des fresques du peintre
Henri Marret.
Ces établissements étaient, soit gratuits pour les indigents, soit
payants au moindre tarif.
En 1942, par anticipation des lois anti-juives, Sophie Wallerstein
dissout sa Fondation et fait don de ses biens (don qu'elle
confirmera par testament après la Libération le 11-11-1945) à la
Croix Rouge Française sous des conditions bien précises (obligation
de conserver la dénomination « Fondation Wallerstein », entretien
des bâtiments, utilisation de l'Aérium à des fins sociales pour
l'enfance …)
L’Aérium a fonctionné en tant que tel jusqu’au 31 décembre 1970.
Depuis 40 ans, l’Aérium est à l’abandon, hormis la parenthèse 1986 à
1991, pendant laquelle François du Plessis, appelé pour réhabiliter
l’Aérium et y accueillir des enfants défavorisés, y a effectué les
travaux de première urgence (dont la réfection de la toiture grâce
au mécénat, ce qui a empêché le bâtiment de s’effondrer). Il a, par
la suite, été expulsé illégalement (procès gagné en première
instance, appel et cassation).
En 2000, l’association des 4A, avec l’aide de Françoise CHOAY
(arrière- petite- nièce de Sophie Wallerstein) obtient l’inscription
à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques de la
totalité des bâtiments, y compris la parcelle, sur la proposition
unanime de la Commission Régionale du Patrimoine et des sites (CRPS),
et ce malgré l’opposition de la Croix- Rouge, qui avait l’intention
de raser les bâtiments.
« [L’Aérium] offre un intérêt et des enjeux autrement importants par
la façon dont, en évitant tous les pièges du néo-régionalisme, il a
su respecter les traditions locales. Non seulement il représente le
seul patrimoine local de la ville d'Arès, non seulement, il se prête
à une réutilisation contemporaine et fait l'objet à l'heure actuelle
de projets viables et conformes
à
l'esprit de sa fondatrice. Mais il pourrait, dans les années
à
venir, s'avérer un facteur précieux de stimulation et d'incitation
pour la création autour du Bassin d'un environnement et
d'équipements à l'échelle humaine respectueux et de l'écologie et
des traditions locales. » (Extrait du texte rédigé par F. Choay pour
la demande d'Inscription).